Il y a bien longtemps, que nous les Français, avons oublié les subtilités du parlementarisme. Et beaucoup vont être surpris quand il s’agira de nommer le président de la commission européenne.
Je vais essayer d’expliquer ce qui va se passer

D’abord, un petit rappel de la règle du parlementarisme.
Dans un pays qui est dans un régime parlementaire pur, après l’élection des députés, le président ou le chef de l’état au vu des résultats, appelle le représentant du parti arrivé en tête et lui demande de former un gouvernement dont le programme pourra être approuvé par la majorité des députés. Alors commencent une série d’entretiens avec les autres partis, un accord sur un programme de gouvernement, les noms des ministres. Et après tout un tas de compromis, ils arrivent à avoir une majorité et un programme, qui bien sur ne correspond plus du tout à ceux qui avaient été annoncés par les partis, puisque c’est un compromis.

Alors quel rapport avec l’Europe, me direz vous?
Eh bien, çà sera presque la même chose.
Par sa tribune du Monde, F Hollande a dit que le président de la commission ne pourrait être qu’un des candidats présentés par les partis européens et va donc forcer le conseil européen à respecter le choix des électeurs. Je l’avais déjà dit dans un précédent billet
D
onc, après le 25 Juin, les chefs d’états chercheront quel est le parti arrivé en tête, quel est son candidat et s’il a une chance d’être approuvé par le parlement.
De leur côté, les candidats, en fait les trois premiers, Juncker, Schultz, Verhofsdat (désolé pour Bové, Tsipras, etc., ils n’ont absolument aucune chance d’être « nominés » par le conseil), commenceront à sonder les autres partis, discuteront avec eux des différents points de leur programme, et chercheront à construire une majorité, bien sur en faisant des concessions sur certains points (BCE, TAFTA, politique agricole, convergence fiscale, présidence et vice présidences du parlement, présidences des commissions parlementaires, des délégations,…).
Après ces tractations dans le conseil et ces tractations dans le parlement, le conseil proposera un nom.
Lequel?
Celui que le parlement ne 
rejettera pas.

Mais Qui?
D’abord une projection de ce que pourrait être le parlement le 25 mai: Ce n’est qu’un exemple,

Source Europal.europa.eu

Dans cette projection, ceux qui ont clairement dits qu’ils voteraient pour Schultz, PSE et les Verts arrivent à 249 voix.
Le GUE/NGL, (en france PC, PG, en Grèce Syriza), on ne sait pas leur position, Schultz ou abstention.
Soyons fous, imaginons que toute la gauche vote Schultz: 296 voix.
De l’autre côté, il est clair que toute la droite va voter contre (455 voix). Schultz est lessivé.

Si c’est Juncker qui est proposé, il s’est déjà attaché les voix des anglais en disant qu’il renégocierait le statut de UK. Il passe haut la main. La seule opposition serait un veto de Hollande. Et alors, c’est Verhofsdat qui a des chances

Sauf si Schultz réussit à débaucher quelques copains allemands du PPE, mais naturellement avec des contre parties: plus de fédéralisme pour les centristes, moins de taxe tobin et de réglementations bancaires pour les anglais, pas de souplesse sur les activités de la BCE pour les allemands, nominations de quelques commissaires amis, etc. pour éviter qu’ils votent contre lui et qu’ils s’abstiennent.

Les Italiens, familiers de ce jeu, appellent çà « combinazioni ».

Voilà les joies du parlementarisme qui nous attendent. (Quand je pense que certains voudraient revenir à çà en France! )

Conclusion
Le suspense va rester entier, jusqu’en octobre 2014, date à laquelle la commission Baroso achèvera son mandat Il y aura ensuite la nomination des commissaires, encore des compromis entre le nouveau président, le conseil européen, le parlement, avec un subtil panachage entre nationalités, positions politiques, pressions des chefs d’état.

J’ai bien peur qu’au bout du compte, nous soyons tous déçus

 

 


 

 

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