Quelle est la Question ?

Au milieu de toutes les déclarations des uns et des autres, invectives, noms d’oiseaux, je n’arrivais plus à déterminer la véritable question à l’origine de cette bataille entre Frondeurs et Vallsiens. Je devrais dire plutôt Hollandistes, mais continuons à entretenir cette fiction que c’est le Premier Ministre qui conduit la politique de la Nation.

La question est donc: « Le président (pardon, le premier ministre) doit il changer de politique économique ? »

Du coté Hollande/ Valls: Réduction des dépenses de l’Etat pour réduire les déficits, baisse des charges des entreprises pour qu’elles investissent et embauchent afin que les français consomment plus et que la croissance revienne. En parallèle, discuter avec Bruxelles (et les Allemands) pour qu’ils nous lâchent un peu la grappe sur le déficit et la valeur de l’Euro, pour récupérer du pognon et en donner un peu aux français pour qu’ils consomment plus tôt.

Du coté « Fronde »: Ne baissons pas les charges des entreprises, donnons du pognon aux français tout de suite, pour qu’ils consomment, investissons dans de grands projets, et Fuck Bruxelles.

Notons au passage, que baisser les charges des entreprises ou investir dans de grands projets, c’est quasiment la même chose: c’est donner directement du fric aux entreprises pour qu’elles fassent quelque chose dont la rentabilité et le retour ne sont pas assurés. L’investissement direct a quand même un avantage c’est qu’on peut garder le contrôle du fric, à condition que les représentants de l’État aux conseils d’administration y comprennent quelque chose, et le passé nous dit que c’est pas gagné.

Quelle est la situation économique actuelle ?

Le PIB 2013 (la richesse que tous les français produisent chaque année) est de 2059 Milliards.
La dette publique (somme de tous les emprunts non encore remboursés et de leurs intérêts) est de 1925 Milliards, soit 93,5%.
Le déficit budgétaire, différence entre les recettes et les dépenses de l’état, a été de 88 Milliards, soit 4,3% du PIB.
Donc, pour pouvoir payer les dépenses, il a fallu emprunter ces 88 Mds cette année. Et donc rajouter de la dette.

Le gouvernement de Valls ne veut pas emprunter l’an prochain plus de 66 Mds , et donc réduire le déficit à 3% du PIB)
D’où la nécessiter de baisser les dépenses de 50 mds, en espérant que le PIB augmentera avec une croissance de 1,7% (çà fait pas le compte, il manque 10 Mds disent Bruxelles et la Droite).
Pour revenir à l’équilibre (déficit à 0) il faudrait 150 Mds, c’est ce que dit Copé, mais comme quand il était Ministre du Budget ou qu’il compte des bulletins de vote, il se trompe dans les chiffres, il dit 130. (c’est curieux, il ne se trompe jamais dans ses comptes ou ceux de ses amis).

Conséquences des choix

Dans le cas de Hollande, son choix repose sur l’hypothèse que les acteurs économiques, entreprises, syndicats, citoyens comprennent le situation et se comportent en acteurs responsables. Les conséquences négatives sont la fronde d’une partie de la gauche (on y est), une stagnation (temporaire, on l’espère) du pouvoir d’achat des plus démunis et, en cas d’échec, le retour de la Droite au pouvoir en 2017 ou même avant.

Dans le cas de la Fronde, le choix est donc, en aggravant la dette, d’abandonner l’objectif des 3% et repose sur l’hypothèse que Bruxelles ne nous collera pas une amende monstrueuse (comme les traités le permettent), que devant l’aggravation de la dette, les banques consentiront à la financer sans élever trop les taux d’intérêts, que la consommation supplémentaire des français profitera aux entreprises industrielles françaises, qu’elles investiront leur supplément de chiffre d’affaire dans de nouveaux projets et que partant de là, elles embaucheront et que la croissance reviendra. Tout cela dans un délai de deux ans. En cas d’échec, le retour de la Droite en 2017.

Mon opinion (si çà intéresse quelqu’un)

Je ne crois pas du tout, actuellement, à la réussite d’une politique de la demande. Elle n’a vraiment produit d »effet, que dans un pays, il y a 75 ans, dans un contexte complètement différend et une économie d’état et non mondiale. Elle aboutirait à des tensions très fortes à l’intérieur de l’Europe et pourrait conduire à son éclatement entre Nord et Sud. Si la France donne ce mauvais exemple, d’autres pays la suivraient. Pourquoi l’Italie, l’Espagne, le Portugal continueraient elles à massacrer leurs fonctionnaires et leurs retraités, si la France abandonne les principes des traités européens ?
Je ne crois pas non plus à la possibilité de réussir dans un délai de deux ans. Les cycles des entreprises, entre chiffre d’affaire accru et investissement sont beaucoup trop longs pour que les projets sortent, que les embauchent repartent et que la croissance revienne. 2017 arriverait avant la réussite et la Gauche sera balayé.
De plus, elle demande un nouveau remaniement et c’est politiquement impossible.

Je crois en revanche, aux investissements rapides dans les entreprises innovantes, si une baisse des charges leur permet dans les six mois, un retour sur investissement. Je pense que les premiers frémissements de la réussite du plan de F Hollande commencent à se voir, et tout changement actuel casserait cela.
Je crois aussi à l’intelligence des patrons. S’ils voient une possibilité d’accroître leurs entreprises et de grandir, ils préféreront jouer ce jeu là plutôt que de jouer le jeu politique de leurs représentants. Rappelez vous, après avoir hurlé, ils ont mis en oeuvre les 35 heures, car ils y ont trouvé des avantages. Et les politiciens de droite, malgré toutes leurs déclarations se sont bien gardé d’y toucher.

Au delà des idéologies, des mots-symboles, un homme politique en charge ou ayant l’ambition de gouverner tout un pays, doit mesurer non seulement les gains que son action peut entraîner, mais aussi les risques qu’elle peut engendrer.

La politique réclamée par les Frondeurs, indépendamment de la justice sociale dont elle se réclame présente trop de risque pour que je la soutienne.

Je choisis donc la politique de F Hollande, en croisant les doigts pour qu’il réussisse.

Post-Scriptum: Le silence des grands leaders de la Gauche, Hamon, Montebourg, Aubry, d’où sont issus les députés récalcitrants est assourdissant.

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